Un cas probable d'échinococcose alvéolaire en Normandie






Laurent Costes[1], Anne Thirot-Bidault[1], Valérie Dhalluin-Venier[1], Anne-Sophie Rangheard[2], Joseph Benichou[3], Gilles Pelletier[1]
[1] Service des Maladies du foie et de l'appareil digestif, Hôpital de Bicêtre
[2] Service d'Imagerie Médicale, Hôpital de Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre
[3] Service de chirurgie générale et digestive, Hôpital Avicenne, Bobigny.
Tirés à part :  A. THIROT-BIDAULT[1]
anne.bidault@bct.ap-hop-paris.fr

[1] Service des Maladies du foie et de l'appareil digestif, Hôpital de Bicêtre, 78 rue du Général Leclerc, 94275 Le Kremlin-Bicêtre Cedex.
Adresse e-mail : anne.bidault@bct.ap-hop-paris.fr


Résumé

Nous rapportons le cas d'un malade d'origine marocaine, atteint d'une échinococcose alvéolaire hépatique. Le diagnostic a été établi sur l'aspect scannographique des lésions et la sérologie en Western Blot. Le malade avait probablement été contaminé lors de séjours dans la région de Cherbourg où il avait fréquemment consommé des baies sauvages. Cette observation ainsi que des cas récemment rapportés en France en dehors des régions d'endémie connues (la région de Besançon et le Massif Central) suggèrent une extension vers l'ouest de la France de la zone à risque de l'échinococcose alvéolaire. Les hépato-gastroentérologues français doivent donc être sensibilisés à cette parasitose.
abstract
A probable case of alveolar echinococcosis in Normandy, France
Laurent Costes, Anne Thirot-Bidault, Valérie Dhalluin-Venier, Anne-Sophie Rangheard, Joseph Benichou, Gilles Pelletier

Echinococcus multilocularis induced liver infection was diagnosed in a Moroccan patient. Diagnosis was based on CT scan results and Western Blot test. Contamination probably occurred in France, in the Cherbourg area where the patient travelled frequently and ate wild berries. This case and other recently reported cases outside the usual endemic areas (Besançon and the Massif Central) suggest that the Echinococcus multilocularis epidemic has moved towards the west of France. French gastroenterologists should be aware of this parasitic disease.

Léchinococcose est due à un cestode (ver plat segmenté) de la famille des helminthes dont il existe deux formes :Echinococcus granulosus et Echinococcus multilocularis. L'échinococcose alvéolaire, due à la forme multilocularis du parasite, est une maladie rare en France [1]. En Europe, les principales zones d'endémie sont l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, l'est et le centre de la France [2]. L'homme se contamine en ingérant des aliments souillés par les fecès des carnivores infectés, le plus souvent des renards [3]. Nous rapportons un cas d'échinococcose alvéolaire chez un malade qui s'est probablement contaminé en mangeant des baies ramassées près de Cherbourg.
Observation

Un homme de 52 ans, vivant au Maroc, a été adressé en novembre 2003 pour drainage biliaire d'une angiocholite sur probable cancer de la vésicule biliaire avec envahissement hépatique. Le malade n'avait pas d'antécédents médicaux ni chirurgicaux, et ni aucune intoxication alcoolique. Il signalait depuis une dizaine d'années des douleurs intermittentes de l'hypochondre droit. Une laparotomie exploratrice avait été pratiquée au Maroc au mois de juillet 2003. Le chirurgien constatait une volumineuse tumeur du foie droit à point de départ vésiculaire avec envahissement du pédicule hépatique. La tumeur était jugée inextirpable et il n'avait pas été pratiqué de biopsies.La reprise de l'interrogatoire retrouvait un séjour en France dans la région de Cherbourg entre 1982 et 1983 pendant lequel il avait régulièrement consommé des baies sauvages dans le Cotentin.

La contamination est probablement survenue lors de son séjour en Normandie pendant lequel il avait consommé des baies sauvages à de nombreuses reprises dans la région de Cherbourg. En effet, l'échinococcose alvéolaire n'a jamais été observée au Maroc, et les autres pays où le malade avait fait de brefs séjours (Espagne, Angleterre et Grèce, sans consommation de baies sauvages) ne sont pas des zones d'endémie.

En France les deux zones d'endémie connues sont la région de Besançon et le Massif Central, avec 260 cas observés entre 1982 et 2000 [1]. Cependant il a été rapporté récemment des cas dans la Nièvre, les Ardennes, l'Aveyron et même la région parisienne [6]. D'autre part, la maladie ne se limite plus à l'espace rural du fait de l'installation des renards dans les parcs publics [6] et du fait d'une possible contamination des chiens et chats [7]. Le risque d'exposition de l'Homme à Echinococcus multilocularis est en augmentation. Pour éviter la transmission de cette zoonose à l'homme, il est nécessaire de rappeler les mesures d'hygiènes classiques, lavage soigné des mains, des baies et des légumes consommés crus, mais aussi de proposer la vermifugation systématique et renouvelée des chiens domestiques, avec destruction des fèces [8]. Notre cas confirme que l'échinococcose alvéolaire s'étend vers l'ouest de la France et que ce diagnostic doit être discuté devant une tumeur multi-kystique du foie n'importe où en France. De même, les différentes méthodes de prophylaxie devraient être étendues à toute la France.